vu le jeudi 3 avril 2008 : A la salle Genton: Amrat Hussain trio

Changement de ton cette fois pour un concert mêlant musique du monde
et musique moderne avec Amrat Hussein. Ce joueur de tablas se présentait
pour cette soirée en trio avec Yves Perrin à la guitare et
aux effets, Gregory Jouandon à la batterie et aux percussions, Amrat
Hussain officiant lui-même à la voix également, en plus
des tablas.
Dans ce style de musique modale, où l'assise rythmique est essentiel,
il y a une grande importance de la progression, de la "montée
en puissance", avec notamment des jeux de questions/réponses
entre les musiciens. Une bonne écoute entre les musiciens est donc
indispensable.
Ca tombe bien ce fut le cas, tous les musiciens étaient très
à l'aise dans ce contexte. Grégory Jouandon fut notamment
dans une forme étincellante et répondait du tac au tac aux
différents appels.
Concernant Amrat Hussain il fut impressionnant sur les tablas. Par exemple
sur une introduction il partit d'un rythme chanté, qu'il reprit ensuite
sur les tablas (typique des percussionistes indiens), en le faisant progresser,
le complexifiant ensuite pour un superbe final ... Un très bel exemple
de technique et avant tout de musicalité!
Belle soirée originale donc à la salle Genton, qui aurait
mérité de faire le plein!
Leur musique est le fruit d’une rencontre improbable entre le répertoire
traditionnel indien et le jazz. Les phrases de guitares sont enveloppées
par les sons mêlés de batterie et de tablas. 
Originaire de la région du Rajasthan, Amrat Hussain a grandi dans la tradition
de la poésie et de la musique classique indienne. « Dans ma
famille on est musicien depuis 7 générations, mon arrière
grand père était le chef d’orchestre du maradja à
Jaipur. Chez nous l’enfant est mis très tôt au contact
de différents instruments, ce premier rapport ludique l’aide
à faire un choix ». Amrat se tourne vers les tablas dont il
débute l’apprentissage à 5 ans auprès de son
grand père. Cette étude intensive le conduit à devenir
musicien professionnel dès l’âge de 12 ans. Un an plus
tard, il réalise son premier concert pour la télévision
nationale indienne, il est donc très tôt en contact avec la
scène et les tournées. Il décide alors de « faire
connaître sa culture hors de l’Inde » en créant
avec son frère The Dhoad Gypsies From Rajasthan, mélange de
musique classique traditionnelle et gitane. Première expérience
de métissage culturel où se côtoient musiciens, danseurs
et fakir. C’est avec cette formation qu’il parcourt aujourd’hui
encore le monde. Après une période de 3 ans passée
à Rome où il joue avec des musiciens du monde entier, Amrat
Hussain arrive en France. C’est à Lyon qu’il rencontre
le batteur Gregory Jouandon (lauréat Suivez le jazz en 2005 avec
Joachim Expert Quintet et en 2007 avec Stéphane Horton Trio). Dès
les premiers échanges, une vraie complicité naît entre
les deux hommes « on a commencé à jouer et c’était
comme si on se connaissait depuis très longtemps ». Il y a
deux ans, le guitariste Yves Perrin vient compléter la formation.
Sa pratique du jazz vient enrichir la sonorité du groupe.
A la croisée des influences entre jazz et musique indienne le trio
opère une vraie fusion. « Il y a surtout des créations,
chacun apporte son univers puis on retravaille tous ensemble, c’est
quelque part la création du groupe, qui se développe en permanence
». La tradition indienne s’adapte pour laisser la part belle
à l’improvisation. Dans une composition comme Complete Rythm
la tournure des cycles prend une tout autre couleur où les khali
et sam sont volontairement joués et interprétés comme
les autres talis*. Des chants indiens sont aussi directement adaptés,
le raga devient un reggae indien dans « Ao Gi », le groove s’installe
dans la tradition. « Dans ce cas, on part avec une base, après
on développe notre émotion, sans rester vraiment dans le traditionnel
». La synthèse est effectuée avec une volonté
de tranculturalité, l’expérimentation est au service
d’un dépassement de la tradition. Un monde musical nouveau
s’offre à l’auditeur, les sonorités douces et
énergiques amènent une atmosphère méditative.
Une nappe sonore enveloppe le public pour une expérience sensorielle
envoûtante. « Quand on joue ensemble sur scène, le public
sent bien que nous éprouvons du plaisir, nous vivons vraiment notre
musique, notre feeling vient de la complicité et de notre créativité
». Amrat Hussain toujours en quête de rencontres rêve
maintenant de faire découvrir sa musique en Inde.
Propos recueillis par P.B. et V.B.
* Les « talis » sont les temps forts d’une phrase musicale, ils sont donc
accentués. Les « khalis » sont les temps faibles, le percussionniste ne
les accentue pas, il étouffe la résonance naturelle de son instrument. Source
The Essential Guide to Starting on Tabla de Pete Lockett. Vous pouvez venir
découvrir Amrat Hussain Trio : Le samedi 21 juin 2008 Fête de la musique,
scène « Les Inclassables » .